Sport Amateur VS Sport Pro
Je me souviens du jour où le rugby est devenu sport professionnel et que mon père souffla, mi-triste mi-fataliste : « Espérons que ça ne détruise pas tout ». Et moi, môme naïf, de répondre que non Papa, les règles ne changeraient pas et qu’on aurait toujours des gros costauds pour pousser dans la boue et se passer le ballon ovale, c’est juste qu’ils n’auraient plus de métier à côté.
20 ans plus tard, me voici pratiquant un sport 100% amateur, où les sponsors sont rares, finançant mes déplacements sur mes deniers (car seuls les Top10 arrivent à rentrer dans leurs frais). 20 ans après, j’ai bien compris ce qui différenciait le monde du sport pro de très haut niveau et le monde de sportifs amateurs de (très) bon niveau pratiquant une passion du mieux qu’ils le peuvent.
Alors finalement qu'ont en commun un Roger Federer (qu’on ne présente plus) et un Jesper Ratzer (n°1 mondial de Racketlon que l’on doit encore présenter) ? Assurément pas la gloire, la notoriété et la richesse...
Ce qu'ils partagent :
- L’exigence avec soi-même et l’engagement : si un pro peut aller beaucoup plus loin dans la préparation et la logistique (volume d’entrainement ; propres préparateurs physiques, kinés ou cordeurs…), l’amateur restera intransigeant sur la planification de son entrainement, de ses périodes de repos ou le choix de son matériel. Ratzer (pourtant neurologue) s’entraine au moins 15h par semaine, s’y connait en matériel dans chacune des 4 disciplines et qu’il s’agisse d’un match officiel ou d’un pari stupide, il a la haine de la défaite et le mental inoxydable qui constituent l’essence même du champion.
- On ne va pas (plus ?) à un tournoi faire du tourisme : tel le joueur pro qui a l’impression de vivre dans les aéroports/hôtels, rêve de passer du temps à la maison et souhaite se recréer un semblant de cocon là où il le peut, je me suis surpris l’autre jour à avoir cette réflexion de vieux blasé : « Prague ? Non je ne vais pas visiter, je connais bien… ». Quand année après année, on va aux mêmes tournois, finalement on ne profite plus des charmes de la ville que l’on a visitée la première fois avec émerveillement. On ne fait plus l’erreur du débutant (marcher 5h dans la ville la journée du match, arriver à court de jus pour son 1er tour, se faire sortir piteusement et rentrer à l’hôtel en se détestant) et on optimise les trajets d’avion en fonction des contraintes (jours de congé, prix…).
Mais le sport amateur, c’est aussi et surtout ces anecdotes, ces imprévus, cette union/solidarité entre joueurs aux parcours tous différents « qui se démerdent », tout ce qu’on trouve de moins en moins dans des sports bien rôdés et mieux pourvus financièrement. Du bon et du moins bon, en somme !
Dans cette optique, 2 anecdotes qui me sont arrivées récemment : commençons par la mauvaise pour terminer sur une bonne note !
- Une organisation qui fait ce qu’elle peut: la semaine dernière, à Budapest, le centre sportif s’est retrouvé réquisitionné au dernier moment par l’équipe nationale de tennis de table pour une ½ -journée et voilà que tout est chamboulé. Je me retrouve à changer de partenaire de double mixte le matin du début du tournoi puisque la Belge repartait au milieu des nouveaux horaires… Avec ma nouvelle partenaire autrichienne, tout se passe au mieux et nous voici qualifiés pour la finale qui commencera finalement avec 2h supplémentaires de retard. Aux ¾ de cette finale, nous avons de fortes chances de l’emporter (-5pts avant le tennis contre une équipe théoriquement moins forte dans ce sport) mais mon avion décolle dans 1h30 à l’autre bout de la ville… Un pro l’aurait décalé par le biais de son agent sans se poser la moindre question. Dans mon cas, cela signifie des emmerdes, des coûts supplémentaires importants et une demi-journée de congé pour … disons 60% de chance de l’emporter. Si en plus on l’avait perdus cette finale, il ne me restait plus qu’à me pendre, j’ai donc attrapé un taxi au vol et foncé pour l’aéroport (merci au chauffeur qui s’est pris pour Samy Naceri !).
- Dla Zdrowia... ou comment mon adversaire polonais est venu me dire qu’il ne pourrait pas jouer notre match de classement du soir mais me demander quand même de faire semblant (aller chercher la feuille de match, trouver un arbitre dans la connivence, mettre un score bidon qui me ferait gagner et l’enverrait au dernier match contre un ami à lui qui en ferait de même). Cas de force majeure invoqué : une fête énorme en Pologne le soir même où la vodka coulerait à flots ce qui était plus important pour lui que la 17ème place mais impossible de déclarer forfait sinon sa femme (qui regarde les scores en direct à la maison) lui aurait fait payer à son retour car il avait interdiction formelle d’y aller !
That’s all, folks, stay tuned for more !
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